De multiples moyens pour favoriser la biodiversité urbaine

Coacher les citoyens ou encore développer des toitures végétalisées locales : deux projets du programme Nature et Ville trouvent des solutions pour intégrer la nature dans les cités. Par Martine Brocard

« De multiples moyens pour favoriser la biodiversité urbaine  » // www.revuehemispheres.com
Un toit végétalisé possède une durée de vie deux fois plus longue qu’un toit plat, car les plantes protègent les matériaux des UV et des grands écarts de températures. Ci-dessus, le toit de la station de Lausanne-Flon.

Coacher les citoyens ou encore développer des toitures végétalisées locales: deux projets du programme Nature et Ville trouvent des solutions pour intégrer la nature dans les cités.

TEXTE | Martine Brocard

Un nichoir pour les hirondelles

Un coach de biodiversité pour les citoyens. Voilà comment résumer le projet BioPocket. Après avoir téléchargé l’application sur son téléphone, l’utilisateur choisit un thème, par exemple «hérissons», «prairies fleuries» ou «hirondelles». Le programme lui suggère alors des actions à entreprendre, en fonction des conditions à disposition, notamment de la présence d’un jardin ou d’un balcon.

«Il peut s’agir de constituer des tas de feuilles sèches pour les hérissons, d’appliquer un entretien différencié à son gazon, de fabriquer un nichoir pour les hirondelles ou encore de demander aux autorités de sa commune d’en poser», explique Jens Ingensand, chef du projet BioPocket et professeur à l’Institut d’ingénierie du territoire de la Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud – HEIG-VD – HES-SO.

«Nous nous sommes inspiré de la théorie de la communication engageante, qui veut qu’un individu sera plus à même d’entreprendre des actions conséquentes, s’il en a réalisé des petites au préalable», poursuit-il. Les utilisateurs sont donc invités en premier lieu à observer des hirondelles, à lire un article sur le hérisson ou à visiter une prairie fleurie, avant d’entreprendre des gestes demandant plus d’investissement personnel. Actuellement, l’application est en phase de test sur la commune d’Onex. Le site web Biopocket.ch cherche également à faire connaître le projet et à mieux cerner les besoins et les intérêts des utilisateurs potentiels.

Des toitures made in Switzerland

Offrir des alternatives locales à la pouzzolane, le substrat utilisé pour les toitures végétalisées, c’est l’un des objectifs du projet SEED. «Ce matériau est adapté, mais de nature volcanique. Il est donc absent en Suisse, relève Patrice Prunier, responsable de la filière Gestion de la nature à HEPIA-Genève – HES-SO. En outre, certaines espèces, comme les graminées, peinent à s’y implanter.»

Son équipe a donc misé sur la valorisation de matériaux locaux et le recyclage d’éléments existants. «Nous avons conçu un substrat à base de béton recyclé mélangé à de la terre, un deuxième à base de biochar – une sorte de charbon obtenu avec du compost – et un autre à base de matériau morainique, une terre argileuse laissée par les glaciers, répandue en Suisse mais peu valorisable», détaille-t-il.

Le projet s’est également appliqué à créer de nouveaux mélanges de graines destinées aux prairies sèches qui sont reconstituées sur les bâtiments végétalisés, notamment afin d’attirer les insectes butineurs. L’accent a été mis sur les espèces locales, en confiant à des semenciers des plantes autochtones, comme des épervières et des saxifrages. Le résultat est là: «Des guêpes sont venues fouir dans nos substrats, preuve que nous avons réussi à créer un écosystème fonctionnel.»


Trois questions à Sophie Rochefort

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© Thierry Parel

En raison du peu d’espace à disposition, les villes suisses doivent se mettre au service de la nature. C’est l’opinion de Sophie Rochefort, coordinatrice du programme de recherche Nature et Ville et responsable de la filière agronomie à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture – HEPIA- Genève – HES-SO.

Quelle est l’importance concrète de la nature en ville ?
Elle joue un rôle de tampon à plusieurs niveaux. Au niveau climatique, les plantes et les parcs atténuent considérablement les vagues de chaleur, tandis que lors de fortes pluies, leurs sols permettent l’infiltration des eaux de ruissellement. Mais elle sert également d’habitat ou de corridor pour la faune et la flore et constitue en outre une source de bien-être psychique démontrée pour les habitants.

Le programme Nature et Ville ne se limite cependant pas à mettre la nature au service de la ville…
Non, notre but est aussi de développer la ville de demain, en y intégrant la nature, et en mettant la ville à son service. Par exemple, en recyclant des matériaux de construction pour créer des substrats fertiles ou en créant des toitures végétalisées pour abriter les espèces animales. Cela implique aussi une démarche d’information auprès des habitants, qui peuvent avoir l’impression que certains espaces non fauchés résultent d’un manque d’entretien ou qui préféreraient voir la création de places de parc plutôt que d’une zone de biodiversité.

Quelles sont les spécificités de la problématique nature et ville en Suisse ?
En raison du peu d’espace à disposition, la Suisse est appelée à développer des solutions innovantes pour intégrer la nature en ville. Le canton de Bâle a par exemple inscrit dans la loi que toute nouvelle toiture plate doit intégrer une part de végétalisation. Le pays a une carte à jouer en matière de densification, car les villes ne peuvent pas s’étaler indéfiniment si l’on entend laisser un peu de place à l’agriculture et aux espaces naturels.