Immersion dans la scène artistique genevoise de 1970

Des amis qui se retrouvaient pour faire de l’art dans un espace autogéré : c’est l’histoire genevoise d’écart, qui a fonctionné de 1969 à 1982. Dans le cadre d’un projet de recherche, Elisabeth Jobin, intervenante à la Haute école d’art et de design – HEAD – Genève – HES-SO, s’est plongée dans les archives de ce qui fut à la fois un collectif, une galerie, une maison d’édition, une librairie et un salon de thé. Par Geneviève Ruiz

« Immersion dans la scène artistique genevoise de 1970» //www.revuehemispheres.com
© Archives Ecart, Genève – Endre Tót, Zeropost, Editions Howeg et Ecart Publications, 1976 © HEAD – Genève, B. Coulon, 2018

Des amis qui se retrouvaient pour faire de l’art dans un espace autogéré: c’est l’histoire genevoise d’Ecart, qui a fonctionné de 1969 à 1982. Dans le cadre d’un projet de recherche, Elisabeth Jobin, intervenante à la Haute école d’art et de design – HEAD – Genève – HES-SO, s’est plongée dans les archives de ce qui fut à la fois un collectif, une galerie, une maison d’édition, une librairie et un salon de thé.

TEXTE | Geneviève Ruiz

« Immersion dans la scène artistique genevoise de 1970» //www.revuehemispheres.com
Elisabeth Jobin explique que le côté spontané des artistes des années 1970 se situe à l’opposé de la tendance actuelle à vouloir professionnaliser toutes les pratiques. © Thierry Parel

En quoi consistait Ecart?
Elisabeth Jobin Il s’agissait d’un groupe d’amis âgés d’environ 18 ans au départ. Ils appréciaient de faire de l’art ensemble, tout en s’adonnant à d’autres activités, comme l’aviron. Il faut replacer cela dans le contexte de la fin des années 1960 et de la mouvance Fluxus. Selon cette dernière, l’art est une activité quotidienne comme une autre. Les créations sont simples, spontanées et cherchent à contourner le système officiel. Il s’agit souvent de performances, d’expositions ou d’oeuvres ne nécessitant pas de moyens techniques sophistiqués. A cette époque, la politique culturelle genevoise était plutôt conservatrice, dans le sens où elle s’intéressait peu à l’art contemporain. Cela souligne l’audace d’écart, qui a réussi à créer un réseau d’artistes international et à publier une soixantaine d’ouvrages.

Pourquoi s’intéresser aux archives de ce collectif?
EJ L’intérêt de ces archives est qu’elles nous permettent de nous plonger dans la scène artistique des années 1970. Le côté spontané et do-it-yourself des artistes d’alors se situe à l’opposé de la tendance actuelle à vouloir professionnaliser les pratiques. De façon générale, les archives d’artistes sont de plus en plus sollicitées par la recherche, car elles permettent de découvrir des facettes de certaines époques que les collections des musées ne reflètent pas toujours.
Les membres d’écart documentaient beaucoup leurs activités: ils ont laissé des livres, des œuvres, des périodiques, des cartons d’invitation, de l’art postal… Dans le cadre du projet «Ecart. Une archive collective, 1969-1982», piloté par la HEAD-Genève en collaboration avec le Mamco, nous travaillons sur plusieurs niveaux. Nous inventorions les archives et les valorisons sous forme d’expositions et sur le site Archivesecart.ch.

Vous êtes historienne de l’art et pas archiviste. Comment effectuez-vous ce travail?
EJ Ce projet combine un travail scientifique avec une action de réappropriation artistique des archives. Il comprend un travail d’inventaire, dont l’objectif est de rendre ce matériel accessible au public et aux chercheurs. A travers notre site et les expositions que nous réalisons avec le Mamco, nous effectuons un travail artistique sur ces archives. En tant qu’historienne de l’art, je n’utilise probablement pas les mêmes méthodes de classement qu’un archiviste professionnel. Je classe les documents de façon à ce qu’ils fassent sens d’un point de vue artistique et qu’ils interagissent entre eux.