Réanimer le passé

La recherche en conservation et restauration d’objets permet d’améliorer les procédés ou de les rendre plus écologiques. Par Thomas Pfefferlé

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Une chercheuse a mis au point une solution à base de micro-organismes pour éviter que la corrosion ne se répande dans les objets métalliques. © Patrice Schreyer

La recherche en conservation et restauration d’objets permet d’améliorer les procédés ou de les rendre plus écologiques.

TEXTE | Thomas Pfefferlé

Qu’ont en commun de vieilles voitures et une statuette d’Osiris? Ces objets font partie de notre patrimoine culturel et leur conservation implique des savoir-faire pointus. Ceux-ci 
sont développés par les chercheurs de 
la HE-Arc Conservation-restauration – 
HE-Arc CR – HES-SO à Neuchâtel. 
Illustration avec deux projets.

Déterminer l’état des anciens moteurs

Remettre en fonction des véhicules vieux 
de plus d’un siècle pour les voir rouler 
lors d’exhibitions: c’est l’objectif de Laura Brambilla, professeure à la HE-Arc CR. Dans le cadre de son projet ACUME, elle explique que «cette recherche vise à élaborer un outil de diagnostic précoce de l’état d’un ancien moteur. Pour cela, nous allons tester l’utilisation de la technique de l’émission acoustique. Courante dans l’industrie automobile, elle consiste à enregistrer les phénomènes vibratoires et acoustiques 
d’un objet à l’aide de capteurs. Inaudibles sans ce dispositif, ces phénomènes peuvent traduire des changements importants, tels que la formation de corrosion ou de fissures internes. Cela nous permettra de déterminer si les véhicules peuvent être redémarrés ou s’ils nécessitent une révision particulière.»

Des champignons pour remédier 
à la corrosion

Également professeure à la HE-Arc CR, 
la chercheuse Edith Joseph travaille sur 
la conservation du patrimoine métallique. 
Elle a mis au point une solution innovante pour éviter que la corrosion – ou la rouille pour le fer – ne se répande dans les matériaux. Elle utilise dans ce but des micro-
organismes dans le cadre de son projet PLUMBER. «Plutôt mal vue par la majorité des gens, la moisissure peut posséder une grande utilité, constate la chercheuse. Déjà courante dans l’agriculture biologique pour lutter contre les insectes, la culture fongique, que l’on utilise dans le cadre de la conservation d’objets en alliages cuivreux, présente des avantages par rapport aux produits industriels classiques. Non polluant, ce champignon permet en outre de préserver 
la santé des personnes qui le manipulent. 
Le benzotriazole, la substance chimique couramment utilisée pour la protection 
du cuivre et des alliages, se révélerait en 
effet cancérigène. Des tests permettant 
de le prouver sont encore en cours. Mais dans le milieu de la chimie, on le sait déjà.»

Sous forme d’une suspension dans un 
gel aqueux, la solution développée par la chercheuse peut être appliquée directement sur les objets concernés. En une à trois semaines, cette moisissure va constituer une fine couche protectrice fixant la corrosion et évitant qu’elle ne s’étende davantage. Edith Joseph a utilisé ce procédé avec succès sur une statuette d’Osiris – un dieu du panthéon égyptien et un roi mythique de l’Égypte antique – appartenant aux collections du Musée d’ethnographie de Neuchâtel.